Santé

CBD : des effets souvent modérés, mais des signes qui imposent d’agir

Éléonore Valembois 7 min de lecture
Effets secondaires cannabidiol : signes à surveiller et appeler le 15

Publié par : — Rédactrice spécialisée en santé

Le cannabidiol peut provoquer une somnolence, des vertiges et des troubles digestifs. Les risques dépendent aussi des médicaments associés et de la composition réelle du produit. Un effet inattendu ne doit pas être banalisé au motif que le CBD serait « naturel ». En cas de perte de connaissance, de difficulté respiratoire ou de crise convulsive, appelez immédiatement le 15.

Les symptômes compatibles avec un effet du CBD

Le cannabidiol, ou CBD, est un cannabinoïde présent dans Cannabis sativa. Contrairement au THC, il ne produit pas l’effet euphorisant caractéristique du cannabis. Cela ne signifie pas qu’il est sans effet sur la vigilance ni sans risque pour la santé.

Infographie sur les effets secondaires cannabidiol, les symptômes fréquents et les signes d’urgence
Infographie sur les effets secondaires cannabidiol, les symptômes fréquents et les signes d’urgence

Les effets secondaires rapportés comprennent la somnolence, la fatigue, les vertiges, la sécheresse buccale et des troubles digestifs comme la diarrhée, les nausées ou les vomissements. Une baisse de l’appétit, une perte de poids, une baisse de tension et des changements d’humeur peuvent également survenir.

Il n’existe pas de fréquence unique applicable à tous les produits au CBD. Les observations concernant un médicament au cannabidiol, administré à une dose précise sous surveillance, ne se transposent pas directement à une huile ou à une gomme vendue dans le commerce.

Symptômes Point de vigilance Conduite à tenir
Somnolence, fatigue, vertiges Risque de chute et de baisse de vigilance Suspendre le CBD non médical, ne pas conduire et demander conseil si les symptômes persistent
Nausées, diarrhée, vomissements Déshydratation possible si les troubles se prolongent Arrêter le produit et consulter si les troubles sont importants ou persistants
Palpitations, angoisse intense, hallucinations Intoxication possible, notamment par une autre substance Contacter rapidement un centre antipoison ; appeler le 15 si les manifestations sont sévères
Perte de connaissance, convulsions, difficulté respiratoire Urgence médicale Appeler immédiatement le 15

La dose, la répétition des prises et la voie d’administration influencent l’apparition et la durée des effets. Après ingestion, l’absence d’effet immédiat ne justifie pas une nouvelle prise : une accumulation peut accentuer les symptômes. Aucun nombre de gouttes ne constitue un seuil universel de sécurité.

Un produit présenté comme du CBD peut contenir autre chose

Une réaction inhabituelle ne permet pas, à elle seule, d’identifier la substance responsable. Le THC peut provoquer une intoxication avec angoisse, tachycardie ou troubles de la perception. Les cannabinoïdes de synthèse peuvent entraîner des manifestations graves et imprévisibles. Ils ne doivent pas être confondus avec le cannabidiol.

Les produits peuvent aussi contenir des pesticides, des solvants résiduels, des métaux lourds ou des contaminants microbiologiques. L’ANSES alerte sur les intoxications liées à des produits présentés comme contenant du CBD, dont la composition réelle peut différer de celle annoncée.

Ce que montrent les analyses d’étiquetage

Dans une étude citée par les Manuels MSD, seuls 31 % des produits étaient correctement étiquetés : 43 % contenaient davantage de CBD qu’annoncé, 26 % en contenaient moins et 21 % contenaient du THC. Ces résultats portent sur les produits étudiés, pas sur l’ensemble du marché. Une étude des CEIP menée en 2023 a également relevé une teneur différente de celle indiquée pour 8 produits sur 10.

Le canal d’achat doit permettre de vérifier la traçabilité : fabricant identifiable, numéro de lot et analyse correspondant exactement au produit. Un certificat générique affiché sur une boutique ne garantit pas le contenu du flacon reçu. Conserver l’emballage et photographier l’étiquette aide un professionnel à retrouver la concentration annoncée et à documenter une éventuelle intoxication.

La présence d’un produit en rayon ne vaut pas autorisation sanitaire. Les aliments enrichis en CBD relèvent du régime européen des nouveaux aliments et ne peuvent être commercialisés sans autorisation. Le seuil de 0,3 % de delta-9-THC applicable à certains produits du chanvre ne garantit ni leur innocuité ni l’absence d’un dépistage positif.

Médicaments et alcool : des associations à faire vérifier

Le CBD peut modifier l’activité d’enzymes qui participent à la dégradation de certains médicaments. Leur concentration sanguine peut alors changer, avec un risque d’effets indésirables ou d’altération de leur efficacité. Espacer les prises de quelques heures ne suffit pas nécessairement à éviter une interaction.

  • Sédatifs, benzodiazépines et méthadone : la somnolence et la baisse de vigilance peuvent s’accentuer.
  • Antiépileptiques, notamment clobazam et acide valproïque : une surveillance spécifique peut être nécessaire ; l’association avec le valproate augmente le risque d’atteinte hépatique.
  • Warfarine : l’équilibre du traitement anticoagulant peut être modifié.
  • Tacrolimus et évérolimus : leurs concentrations peuvent être affectées, avec un risque de toxicité.
  • Certains antidépresseurs : les interactions dépendent de la molécule et des autres traitements.

Cette liste n’est pas exhaustive. Présentez au pharmacien tous vos traitements, y compris les médicaments sans ordonnance et les compléments alimentaires. Ne modifiez jamais seul un traitement prescrit pour pouvoir prendre du CBD.

L’alcool peut renforcer la somnolence et les troubles de la vigilance : évitez de l’associer au CBD. Après consommation, il est également déconseillé de conduire ou d’utiliser des machines. Ne pas se sentir ivre ne prouve pas que les réflexes sont préservés.

Les situations où l’avis médical est indispensable

Grossesse, allaitement et projet de conception

Le CBD est à éviter pendant la grossesse et l’allaitement, faute de garanties suffisantes concernant le développement de l’enfant. Des travaux chez l’animal soulèvent aussi des préoccupations sur la reproduction et la spermatogenèse. Ils ne permettent pas d’affirmer qu’un homme consommant du CBD deviendra infertile, mais justifient d’en parler au médecin en cas de projet de conception.

Maladie du foie, Parkinson et fragilité

Le cannabidiol peut entraîner une hausse des enzymes hépatiques et, dans certaines circonstances, une atteinte du foie. Une maladie hépatique préexistante ou la prise de certains traitements impose un avis médical préalable. Une jaunisse, des urines foncées ou une fatigue inhabituelle et importante nécessitent une consultation rapide.

Dans la maladie de Parkinson, une aggravation des mouvements ou des symptômes a été rapportée, notamment à doses élevées : l’automédication est à éviter. Chez les personnes âgées, les vertiges et la somnolence augmentent aussi le risque de chute, souvent dans un contexte de traitements multiples. Le CBD non médical ne doit pas être donné à un enfant sans encadrement médical.

Après un effet indésirable : arrêter, évaluer, conserver

Après la prise d’un produit non médical, interrompez son utilisation et ne tentez pas de « corriger » l’effet avec de l’alcool ou un autre produit. Si le cannabidiol fait partie d’un traitement prescrit, contactez rapidement le prescripteur avant toute modification, sauf urgence nécessitant l’intervention des secours.

  1. En présence de signes graves, appelez le 15 : perte de connaissance, convulsions, difficulté respiratoire, agitation majeure ou danger immédiat lié à des idées suicidaires.
  2. Pour un effet inattendu sans détresse vitale, contactez un centre antipoison, notamment au 01 45 42 59 59, ou un médecin. Si un enfant a ingéré le produit, n’attendez pas une aggravation.
  3. Préparez les informations utiles : heure et quantité estimée, forme consommée, symptômes, médicaments et éventuelle consommation d’alcool.
  4. Conservez le produit et son emballage, sans le réutiliser. Un signalement peut être effectué auprès du portail national des événements sanitaires indésirables.

Ne faites pas vomir une personne intoxiquée et suivez les consignes du centre antipoison ou des secours. Un symptôme persistant mérite un avis médical, même s’il semble modéré : il peut être lié au CBD, à une interaction ou à une autre cause qu’il faut rechercher.

Éléonore Valembois
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